Découvrez l'interview réalisée en 2025 de Solenn MADEC, Directrice du Développement Durable SOCOMORE Group sur le déploiement de l'ACV (Analyse du Cycle de Vie) pour évaluer et réduire l'impact environnemental des produits SOCOMORE. Découvrez notre méthodologie et nos objectifs d'éco-conception.

Quelle est la vision et l’engagement globale de SOCOMORE en matière de développement durable ? 

SOCOMORE, depuis toujours est basé sur un engagement de réduire son impact. Nous avons développé des produits qui ont un impact plus faible tout au long de leurs vies chez SOCOMORE. Des lingettes pour nettoyage avec des solvants ont été mises en place. Elles permettent de réduire l’impact, puisque nous utilisons moins de solvants . Nous avons développé des solutions de remplacement chrome 6 ou encore des décapants sans NOP. Cela fait partie de l’histoire de SOCOMORE, nous voulions aller plus loin puisqu'aujourd'hui, nous avons des contraintes réglementaires de plus en plus fortes. C'est quelque chose qu'on prend déjà en compte. Nous recevons aussi des demandes de nos clients qui sont de plus en plus importantes sur la partie développement durable. Nous sommes dans un contexte de changement climatique qui impose qu'on s'engage davantage dans la réduction de notre impact. 

Aujourd'hui, SOCOMORE s'engage sur principalement deux axes de réduction d'impact :

  • Un axe autour du carbone : réduire son impact carbone

On a lancé une démarche de décarbonation. Des mesures de notre empreinte carbone ont été réalisées au tout début, puis nous avons  déployé un plan climat. Principalement sur l’entité SOCOMORE et l’entité SOCOMORE Irlande. 

Nous sommes en train de déployer sur les autres entités du groupe, à la fois la mesure et à la fois un plan de décarbonation. Ce premier axe important fait partie de notre stratégie intégrante, puisqu'en 2030, nous avons un objectif de réduction des scopes 1,2 de 50%.

Mais il ne faut pas s'arrêter au carbone, parce qu'aujourd'hui, le carbone ne représente qu'une partie du problème. On vend des solutions chimiques et ces solutions chimiques ont un impact sur la santé et sur l'environnement, il faut aller plus loin que le carbone. 

C'est pour cela que nous avons commencé à déployer l'analyse cycle de vie chez SOCOMORE, puisque avec l'analyse cycle de vie, on a l'impact total des produits. 

Cela concerne 16 impacts environnementaux au global. Nous allons venir mesurer par produit son impact : de l'extraction de sa matière première ou des matières premières qu'il compose jusqu'à la destruction du produit après l'utilisation. Cette analyse va nous permettre d'avoir des mesures d'impact globaux et de pouvoir faire des choix d'écoconception où on aura, par exemple, si on décide de réduire le carbone, ça n'aura pas d'impact négatif sur un autre indicateur.

Il s’agira du deuxième axe important sur le développement durable. Cela se reflète aussi dans la stratégie à travers un engagement de mesure de cette analyse de cycle de vie à 80% de nos ventes en 2030, mais aussi une réduction des composés CMR. L’objectif est d’avoir plus de 90% de nos produits sans CMR et le développement de solutions à faible impact. Qui dit faible impact chez nous, veut dire des solutions qui ne sont pas étiquetées ou des solutions qui ont un niveau de biodégradabilité élevé.

Est-ce que vous pouvez donner un exemple de produits à faible impact ?

Dans cette catégorie-là, on a toute la gamme de Salveco aujourd'hui qui est à plus de 90% globalement de biodégradabilité. Ce sont des produits qui sont peu, voire pas étiquetés du tout et qui sont biodégradables à plus de 90%. Ils font partie, par exemple, des produits qui sont à faible impact. On a aussi dans la gamme NDT de Babbco, des produits qui sont biodégradables à plus de 80%, cela représente une performance positive sur ces produits non-destructifs.

Est-ce qu'il y a une méthodologie pour les processus qui sont mis en place par SOCOMORE pour collecter et garantir la fiabilité ? 

Nous sommes en train de le déployer l’analyse cycle de vie. Nous avons réalisé un diagnostic éco-conception soutenu par BPI et l’ADEM en 2024. Ce diagnostic a été lancé sur 3 de nos produits phares :

  • Le DIESTONE DLS qui est le produit phare SOCOMORE historique,
  • Le DIESTONE DLV qui est son alternative qui est réduit de 30% les COV
  • et puis un Sococleaner, aircraftcleaner développé par Salveco pour le nettoyage d’avions.

Le but était de manipuler les concepts d’analyse de cycle de vie, de savoir comment on les mesure, quels sont les impacts majoritaires chez SOCOMORE. Nous cherchions à savoir si cela été comme le bilan carbone, si c’était le scop 3, tout ce qui va être matières premières ou plutôt utilisation chez le client ou alors le transport. On s’est rendu compte que c’est  le même constat que pour le bilan carbone. Aujourd’hui l’impact général ou majoritaire, c’est bien les matières premières qui composent les formules des produits. Nous allons devoir travailler sur ce point. Mais aujourd’hui nous ne sommes qu’à la mesure.

C'est-à-dire que ce diagnostic nous a permis d'identifier les matières principales, en tout cas à quel endroit du cycle de vie était le plus impactant. On s'est rendu compte que c'était comme le bilan carbone. L'idée est d'abord de mesurer. Nous déployons la mesure et une fois que nous aurons bien manipulé ces notions pour se servir de cet outil-là; nous pourrons identifier dans les formules là où il y a le plus d'impact et pouvoir mieux choisir ses matières premières ou alors travailler sur l'utilisation chez le client pour réduire l'impact. Cela sera plutôt dans une seconde étape : l'éco-conception. Nous sommes aujourd’hui sur la première étape de mesure puisqu'on peut réduire son impact quand on le connaît.

Est-ce que vous utilisez des logiciels ou des outils spécifiques ?

Quand on a fait justement le diagnostic d’éco-conception, l'idée était aussi de savoir mesurer et comment mesurer. Rapidement, nous nous sommes rendus compte au vu de l'étendue de notre gamme, avec le nombre de produits que nous avons,  que l’on devrait passer par autre chose qu'un fichier Excel. 

Nous avons réalisé un benchmark de solutions existantes sur le marché. Nous avons discuté avec des partenaires, des universitaires qui font de l'analyse cycle de vie pour voir ce qui serait le plus adapté. 

On est partis sur un test de deux outils, principalement :

  • Un outil d'analyse simplifié, c'est du comparatif,
  • et un autre outil du marché qui fait partie des plus reconnus, SimaPro.

L’objectif était de voir si entre un outil simplifié et un outil plus complexe, on arrivait à avoir des résultats qui étaient comparatifs et on pouvait partir plutôt sur l'analyse de cycle de vie simplifié. 

Maintenant, nous avons presque terminé ce projet. Notre choix s’est posé sur un outil d'analyse de cycle de vie simplifié. Car on peut rendre compte qu’avec les deux outils, on obtient quasiment les mêmes résultats. Et aujourd'hui, nous cherchons à pouvoir réaliser un nombre important de mesures et comparer un produit par rapport à un autre dans sa gamme.

Est-ce que, comme vous le disiez, cela a conduit certains produits à avoir des alternatives ? Comme avec l’exemple du DIESTONE classique, est-ce que cette analyse de cycle de vie a amené à son alternative le DIESTONE DLV ?

Ça, c'était avant, par rapport à un critère spécifique, le client voulait un produit qui aimait moins de composés organiques volatils, les COV. Parce qu'il y a des obligations réglementaires d'émission des composés organiques volatils au niveau des usines, des émissions dans l'air. 
Il s’agissait d’un besoin client. Ce produit a été développé dans ce sens-là. Aujourd'hui, quand on réalise l'analyse cycle de vie, on voit qu'il est mieux que le DIESTONE DLS, mais il s’agit d’une bonne nouvelle. Cependant, il n’était pas éco-conçu à la base, comme on va pouvoir le faire avec cet outil-là. C'est quelque chose qui a été fait et qui était sur un critère spécifique. 

Ce que nous cherchons avec l'analyse cycle de vie, c'est d'avoir la photo totale. Il y a des choses qui semblent intuitives et au final, on se rend compte avec l'analyse cycle de vie que ce n'est pas forcément vrai.

Par exemple, le carton recyclé est moins bon en analyse du cycle de vie qu'un carton brut, parce qu'on utilise beaucoup d'eau quand on recycle un carton, il y a des traitements chimiques. Il faut vraiment faire attention de ne pas faire un développement sans tenir compte de tous les éléments, sinon on fait ce qu’on appelle du report d'impact. Parce qu'on réduit un impact et on en augmente un autre. C’est pour cela qu’il est vraiment important de développer ces méthodes.

Est-ce que vous pourriez fournir un exemple de produits SOCOMORE pour lesquels, par exemple, les conclusions de l'analyse de ce cycle de vie conduisent à une évolution de sa formulation ou du moins son implication ?

Aujourd'hui, nous ne sommes pas encore à cette étape. Aujourd'hui, nous avons fait le diagnostic éco-conception. Nous étions une dizaine à se former parce que nous souhaitons impliquer les achats, car ce sont eux qui sont en contact des fournisseurs, ils vont venir aussi chercher l'information et engager le fournisseur à réduire l'impact de ces matières premières. On avait aussi les Product managers, parce que c'est eux qui ont la stratégie de déploiement de la gamme et la R&D, ils sont au cœur de cette éco-conception. On les a engagés dès le début du processus. Aujourd'hui, c'est avec eux qu'on a testé l'outil et qu'on est en train de mesurer l'impact des produits. Lorsque nous auront finalisé ce projet-là ça va être déployé dans les équipes.

Cela sera un outil comme un autre pour mesurer l'impact de leurs produits et ils s'en serviront justement pour voir entre une matière ou une autre, ou un usage ou un autre, qu'est-ce qui est le mieux pour réduire l'impact. Cela va venir et il y a des produits qui vont être revus dans la gamme en fonction des besoins pour améliorer notre impact. Mais, il s’agit de la prochaine étape.

Pour le moment, nous sommes sur la finalisation du choix de l'outil et après on va commencer à mesurer, à aussi s'améliorer dans la mesure puisqu'au début on prend des hypothèses. Il faut s'assurer que les hypothèses soient cohérentes, qu'on n'implique pas un biais dans la mesure avec les hypothèses, il y a tout encore un travail de consolidation avant d'être capable de l'utiliser comme outil d’éco-conception.

Est-ce que vous comptez communiquer peut-être les conclusions de ces études, de l'analyse de ce cycle lié à vos clients ?

Oui ça sera un outil de communication comme un étiquetage ou une étiquette sur un produit, ça sera des éléments qu'on communiquera avec eux. Cela ne sera pas forcément quelque chose qu'on rendra public puisque c'est de l'analyse comparative, mais oui tout à fait. Aujourd'hui si on veut aussi bien mesurer notre impact, il faut qu'on soit bien au contact de nos clients pour savoir comment ils utilisent nos produits. Ce sera clé d'être dans la communication sur ce sur ce sujet.

Et par rapport à ces informations, est-ce qu'elles seront facilement accessibles et est-ce qu'on communiquera des niveaux de détails qui sont importants ?

Cela sera une communication avec son client, mais cela ne sera pas rendu public. Aujourd'hui, c'est de l'analyse de cycle de vie simplifiée, c'est comparatif. Aujourd'hui, ce n'est pas une donnée brute. On ne peut pas communiquer juste avec un résultat. Il faut pouvoir savoir quel contexte, quelles sont les hypothèses qui ont été prises puisqu'on peut avoir quand même des niveaux d'incertitude assez élevés. Ce sera une communication avec le client sur demande ou quand on sera dans la construction d'un projet de développement. Ces données ne seront pas disponibles comme sur une fiche technique tout de suite.

Il s 'agira d’une collaboration avec le client. Après, on va progresser, car nous sommes au début du projet. Peut-être que dans 5 ans, on va basculer sur un outil plus performant. Ce sera sans doute le cas, mais aujourd'hui il faut qu'on commence déjà à jouer avec l'outil et à savoir identifier les impacts les plus importants et à la prochaine étape, il s’agira d’aller plus loin encore sur la connaissance des produits et d'être plus juste.

Et l'analyse cycle de vie, quels sont les défis et les opportunités dans sa mise en œuvre dans les solutions chimiques par rapport à d'autres industries ?

Alors l'analyse du cycle de vie, je pense que c'est valable dans toutes les industries le gros challenge est de récupérer de la donnée. Aujourd'hui on a difficilement la donnée primaire, c'est-à-dire la donnée directement du fournisseur. Peu de fournisseurs encore nous donnent les impacts. Alors en carbone ça vient et après sur les 16 impacts du cycle de vie nous n’avons quasiment aucune donnée. Aujourd'hui, il faut s'appuyer sur des bases de données, base Adem, base Echo Event ou d'autres bases de données qui ne sont pas exhaustives. Cela nous oblige à créer de la donnée. 

Il s’agit d’un vrai enjeu, celui d'être en capacité de partager entre industriels ces données, pouvoir déjà s'appuyer sur les mêmes données, ça va être sûr que quand on fait des mesures de cycle de vie chacun a le même référentiel et puis pouvoir aussi générer de la donnée à plusieurs de pouvoir en faire beaucoup et être en capacité d'avoir une mesure la plus fine possible. C’est le plus gros enjeu. Je pense que c'est peut être plus avancé dans d'autres secteurs parce qu'aujourd'hui il y a des profils environnementaux obligatoires à indiquer notamment dans le bâtiment. Il y a sans doute plus de données dans d'autres secteurs mais dans le secteur de la chimie ça va être le vrai enjeu. 

Est-ce que vous observez aussi une demande du coût croissante de la part des entreprises pour ce type en fait de données ?

Oui ça dépend des clients. Mais, depuis quelque temps que nous avons commencé avec le bilan carbone des entreprises maintenant on voit qu'on a des demandes de produits carbone footprint quelle est l'empreinte carbone du produit. C’est une des données de l'analyse de vie. Il y a 16 impacts environnementaux dont le changement climatique et l’impact du produit. Ce sont des éléments que nos clients nous demandent. Cela dépend de la maturité du client et de son avancée aussi dans sa roue de décarbonation de développement durable. Mais, en effet, ce n'est pas forcément l'élément déclencheur du choix du produit mais qui fera partie des éléments pour aider le client à prendre sa décision entre un produit ou un autre.

Est-ce que SOCOMORE collabore avec d'autres fabricants aérospatiaux ou aéronautique et qui sont aussi partie prenantes ?

SOCOMORE fait partie de l'IAEG, l'Organisation internationale de l'environnement dans l'aéronautique. C'est un groupe qui travaille sur l'environnement pour l'aéronautique. On y retrouve toutes les éoliennes, les DMRO des partenaires, des concurrents et on travaille, on collabore sur des sujets environnementaux. Il y a un groupe autour de l'analyse vie qui s'appelle c'est le working group 12 LCIA dans lequel SOCOMORE participe et on échange avec ce groupe. Le but est de les aider à avancer sur le déploiement de la méthodologie puisqu'ils sont en train d'écrire un guide et une méthodologie pour le secteur aéronautique sur l'analyse du cycle de vie. Aujourd'hui, c'est quelque chose sur lequel ils ont bien avancé et on participe nous en tant que solution qui va venir s'appliquer sur l'avion. Nous sommes dans les échanges de bonnes pratiques. Nous travaillons ensemble pour faire avancer les sujets dans le secteur.

Quelles seraient les ambitions et les priorités de SOCOMORE concernant le rôle de l'ACV dans son engagement de développement plus durable ?

Aujourd'hui on a un objectif de moyens. Lobjectif est de mesurer la vague de nos produits : c'est l'objectif de 80% du chiffre d'affaires avec une mesure d'analyse cycle de vie pour 2030. Réussir à faire cette mesure, à récolter les données dont on a besoin pour pouvoir faire ces mesures-là et ensuite l'objectif ça va être de développer des solutions faible impact que ce soit pour la santé ou pour l'environnement. On a cet objectif de 30 millions d'euros de chiffre d'affaires en solution faible impact pour 2030. L'analyse va nous aider à atteindre cet objectif-là et et pareil pour les produits CMR, c'est l'engagement concret après sur la partie éco-conception combien de produits éco conçu on n'a pas d'objectif aujourd'hui on va se servir de cet outil là pour nous faire progresser mais aujourd'hui on s'est pas donné d'objectif de résultat d'analyse de cycle de vie.

Les objectifs sont de :

  • Faire sa mesure
  • Connaître ses produits pour après mieux développer

Nous avons des sujets en cours qu'on a identifiés avec les Product managers pour pouvoir développer des produits à faible à faible impact et l'analyse clé de vie va aider. On n'a pas un objectif spécifique de résultat sur l'analyse clé de vie.

Quel serait le message que vous souhaiteriez adresser à ces industries concernant du coup l'importance de l'intégration en fait de cette analyse du cycle de vie dans des efforts de développement durable ?

Je pense qu'aujourd'hui c'est quelque chose que l'aéronautique fait. Ils ont déjà intégré l'analyse cycle de vie. Là en plus il y a surtout cette démarche-là de créer une méthodologie autour de l'analyse cycle de vie pour qu'ils puissent se partager dans leur profession. Je pense que le train est bien en marche ou l'avion, c'est parti pour eux. Après le seul message qui est valable pour l'aéronautique et la chimie, c'est qu'aujourd'hui on pourra avancer seulement si on collabore et c'est vraiment aujourd'hui la collaboration qui fera qu'on va tous réussir à réduire nos impacts et ça ne se fera qu’en travaillant en écosystème, en partageant les données et en faisant en sorte que la donnée environnementale ne soit pas une donnée concurrentielle mais soit bien une donnée qui soit là pour atteindre tous les objectifs de réduction d'impact.